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SHADE

De nouveaux extraits ont été ajoutés!

 

SHADE, c'est cet homme silencieux et discret, peut-être le même que vous croisez chaque matin en prenant l'autobus. Que fait-il? À quoi pense-t-il? D'où vient-il? Où va-t-il? Humm... il est peut-être mieux que vous ne le sachiez pas; vous en seriez traumatisé.

 

"Shade" se déroule à Montréal, dans notre "belle province". Mais pourquoi ici plutôt qu'à New York?

 

"ll y a trop de romans qui se déroulent à New York, à tel point qu'on a l'impression que cette ville n'existe que dans la fiction. Je veux que "Shade" se déroule à Montréal, que les hangars et les coins de rue vous disent quelque chose, que la vue du Mont-Royal fasse partie de la vue du 1000 de la Gauchetière, que le port y ait son silo no. 5, que Ville-Marie inonde la ville de son phare, que Montréal ait une double vie", confie l'auteur. "Je veux que Montréal, cette belle et merveilleuse métropole, existe plus que comme centre des affaires et de vie nocturne"

 

Quoi de mieux pour se donner de l'appétit que quelques extraits de ce roman de suspense et d'intrigues?

 


 

Extraits:

 

"L’ombre au trench coat arrive, seul, supposément sans armes, avec la valise, d’un air confiant. Le chef de la bande n’a qu’à peine le temps de s’approcher de lui qu’une lame au travers de sa gorge lui interdit toute parole. Ses adjoints reculent d’instinct, mais ne prolongent que d’un pas leur rencontre avec la Destinée. D’un clic discret, glissant le long de ses avant-bras, deux courtes lames jaillissent dans les mains de l’ombre au trench coat, et c’est dans deux brefs éclats bleu métallique que se termine l’existence des adjoints du plus redouté homme de Montréal.

Les neufs laissés-pour-compte se précipitent hors de leur cachette respective, certains pour fuir, d’autres pour tenter d’éliminer l’ombre au trench coat. Mais ceux qui fuient n’ont pas réfléchi à la rapidité fulgurante que possède cet individu mystérieux. Quelques idées cohérentes, dont celle de mourir, ne peuvent que s’esquisser avant de s’évanouir, le temps pour que les quelques pas légers et la froide sensation de l’acier dans des zones intimes ne les précipitent tête baissée dans l’autre monde.

 


 

"C’est d’ailleurs avec une surprise colorée d’émerveillement qu’elle s’aperçoit que « déjà » les leçons sont terminées et qu’elle est encore vivante. Certes, dès que Shade a annoncé la fin de la journée, c’est comme si on retirait du mur la fiche électrique d’une folle machine de combat futuriste aux traits humains. Elle s’est écroulée instantanément sur le sol.

Maintenant figée dans une autre perpétuelle seconde, celle de la glorification de la vie préservée à tous les prix, elle se concentre à faire le bilan de son corps meurtri.

Nulle part sur son corps est une section de peau qui n’ont reçu de coups. Tous ses organes ont subi le massage simultané de plusieurs marteaux-piqueurs, son sang encore vicié à l’extrême d’acide lactique demande la lune à son foie, qui travaille en supplémentaire pour le débarrasser de ce poison, et ses poumons ventilent à la fois oxygène et chaleur à coup de six litres d’air et avec un rythme et une profondeur sismique.

À travers les brumes de son rééquilibre émotionnel et corporel, des pensées lointaines viennent la harceler. Des pensées qui n’ont pas lieu de se trouver ici en ce moment.

Mais les pensées de l’amour se contrôlent difficilement.

Et un amour, elle en a un, un amour impossible.

Shade."

 


 

"Sa salle de prières est constituée de centaines de chandelles, de symboles mystiques de diverses religions du globe tracés en sang humain, d’ossements de divers animaux, et de talismans sacrés. Il s’agit d’un particulier mélange d’églises orientales, occidentales et amérindiennes, mais avec une nette inclinaison noire et pénétrante. Quiconque y entrerait y sentirait immédiatement les effluves bouger, y ressentirait un lent tourbillon d’étranges forces en mouvement, un point focal indescriptible. L’effet des chandelles et des symboles rouge séché, les formes des os autour de soi, les signes aux murs, l’immense étoile dans lequel Shade s’assoit, il y a de quoi trembler. Avec raison.

Shade s’accroupit, nu, en concentration. Il appelle à lui ses forces d’outre monde, son contact ultime."

 


 

"Le quatrième écran montre clairement tous les plis des couvertures en mouvement. Le mouvement de va-et-vient est maintenant plus rapide, accompagné de soubresauts quand le lit cogne le mur.

L’écran numéro un indique 23h43.

Les haut-parleurs laissaient entendre de frénétiques cris de jouissance, soulignés par le couinement des ressorts usés. La qualité sonore est mauvaise, dû au fait que les micros ont dû être soigneusement camouflés. On n’est jamais trop prudent quand Sylver est dans les parages.

Les autres écrans ne montrent rien de bien excitant. L’un nous expose un lit vide, l’autre surveille l’entrée d’un édifice à appartement. Et ainsi de suite. Un dixième est syntonisé sur une chaîne de reality shows et sa seule raison d’être est de rendre la vie moins ennuyeuse au surveillant. Cet écran peut bien caqueter ce qu’il veut; le quatrième a la cote ce soir, sans l’ombre d’un doute.

Il y a bien une dizaine d’autres écrans disposés sur le mur en coin, chacun reliés à leur candid camera, œil invisible qui diffuse en direct tous les détails de ce qu’ils voient. Les autres murs servent de dos aux rangées de classeurs, les enregistreurs et les serveurs informatiques. Au centre se trouve une table circulaire avec un téléphone cellulaire et divers documents. La porte d’entrée de la pièce est une authentique porte de coffre fort de banque, l’un des quelques vestiges de son passé récent. À l’extérieur de cet édifice trapu, sur la fenêtre de la porte placardée, se trouve une affiche disant « À VENDRE », mais sans numéro de téléphone. James n’utilise jamais cette porte de toute façon. La porte de secours, au verrou caché, est le seul moyen d’entrer"

 


 

"Jamais de sa vie Mariko n’a couru aussi vite. Quatre à quatre, il monte les marches du seul escalier de secours qu’ils ont pu repérer depuis leur arrivée. Les secondes s’égrainent dans l’esprit de Shade. Quand il arrive mentalement à deux minutes, il ne sent que faiblement la vibration des marches qu’il gravit, alors que six étages plus bas des centaines de mètres cubes sont devenus une bulle de gaz, chaleur et poussières se frayant un chemin dans la totalité du complexe souterrain. Il compte encore une minute, puis, juste derrière Mariko, il saute sur lui en lui portant un coup qui lui fait perdre conscience instantanément. Tout en le prenant dans ses bras et continuant à courir, il lui insère un chiffon dans la bouche et lui bouche le nez, lui empêchant toute possibilité de respiration.

Juste à temps, se dit-il, quand il commence à sentir l’odeur âcre du poison qui l’entoure. Vite, il reste deux étages. Je dois le faire en une minute.

Les jambes en feu, Shade réussit enfin à sortir au grand air, alors que le nuage brunâtre l’entoure en une exhalation létale. Il tousse vigoureusement en tombant à genoux, et ses crachats de sang maculent le sol poussiéreux à ses pieds. Tout de suite il retire le chiffon de la bouche de Mariko et lui donne une immense gorgée d’air. Puis il lui administre la réanimation cardio-respiratoire, frénétiquement, en se disant que les quatre minutes sans oxygène que le cerveau peut supporter sans lésions irréversibles est déjà réduit à cause de l’intense sprint qu’ils ont dû faire pour sortir de l’enfer.

Allez petit! Respire! RESPIRE!

Tout autour d’eux, les chercheurs et gardes vont et viennent à la course, désorientés par cette subite démonstration de violence dans ce centre de recherche supposé être anodin. Ils ne prêtent pas attention à Shade et Mariko, qui à première vue ont l’air de simples chercheurs qui ont réussi à s’en sortir.

Allez, RESPIRE!

    Pas de réaction.

Shade voit le teint bleuté et ciré atteindre le visage de Mariko. Hurlant intérieurement, il se concentre, et donne un puissant coup du talon de sa main sur la poitrine de Mariko. Il ne connaît qu’une seule façon ultime de ramener à la vie quelqu’un qui n’a pas réagi au RCR : le choc hydraulique. Certes, les chances sont très bonnes que, mal appliqué, le coup réduise la cage thoracique en bouillie, mais une personne en arrêt cardio-respiratoire est déjà morte, n’est-ce pas?

Shade s’élance avec la rapidité du fouet et immobilise sa main alors qu’il n’a enfoncé le plexus solaire que d’un pouce. La résonance du coup provoque une onde de choc dans tous le corps de Mariko.

D’un coup, le cadavre aux pieds de Shade ouvre les yeux, prend un bol d’air, se plie en deux et vomi tout ce qu’il a dans l’estomac. Puis il tousse du sang, respire à nouveau, et se retrouve assis, les yeux calmes mais envahis de tremblements.

— Putain, dit-il en crachant encore. J’aurais dû mettre trois minutes.

Et Shade, contre toute attente, éclate de rire. C’est la première fois depuis la mort de sa femme qu’il se permet de rire avec tant de laisser-aller. Peut-être aussi est-ce la première fois qu’il réalise qu’il a un lien particulier avec quelqu’un, qui que ce soit. Et le fait que ce soit envers Mariko, ce baveux frondeur auto-suffisant, est encore plus étrange. Ce dernier, surpris, se met à rire aussi.

Puis les deux se calment et retrouvent leurs instincts de mercenaire. Ils se lèvent et marchent vers la ville en retrait, en prenant soin de cacher leurs visages aux véhicules qui passent.

Il ne reste qu’une étape. Liquider les gens qui en savent trop.

De stuk cake, murmure Mariko, dans une mauvaise traduction hollandaise de C’est du gâteau."

 


 

"Souliers et salut au dragon, ils se retrouvent face à face.

Christina sent un malaise. Il y a quelque chose maintenant de différent entre eux deux. Comme si une porte s’était ouverte, partiellement. Elle qui était habituée de ne rien ressentir venir de Shade, à part les contacts professionnels, voilà maintenant qu’elle perçoit des effluves qu’elle ne se serait jamais attendue à recevoir.

De l’affection!

Venant de Shade! De Jimmy!

    — Jimmy… murmure-t-elle.

Un doigt se pose sur sa bouche. Une seconde plus tard, les lèvres de Jimmy s’y déposent avec passion.

En un instant, Christina perd ses moyens. Puis, suavement, elle l’embrasse, sculptant le dessin de ses lèvres, l’océan de peau en fusion, ses mains lui caressant le visage.

Doucement, et de plus en plus avec précipitation, le duo se dirige vers la chambre à coucher.

Une pensée fugitive traverse la pensée de Christina pendant qu’elle se retrouve lancée dans les airs jusqu’au lit; Bengii et la panthère. Elle a vu ce moment en eux et ce moment se déroule en dépassant ses plus folles espérances."

 


 

"Elle devine que cette discussion n’a pour but que faire gagner du temps au magnat. Elle s’imagine bien qu’il peut y avoir des caméras et des micros dans le bureau et qu’une rangée de clones de Boisclair peut être juste derrière la porte, armés jusqu’aux dents, et qu’un seul geste ou mot de Sylver peut déclencher l’hécatombe.

Garder votre adversaire mobile. Non seulement trouverez-vous plus d’opportunités pour le toucher, mais vous pourrez alors analyser davantage ses comportements. On ne tire rien d’une cible immobile, a déjà dit Jimmy.

– Oui, d’ailleurs je suis prête à commencer quand vous le voudrez. Peut-être pourriez-vous me faire visiter vos installations?

Sylver, toujours souriant, médite la question.

Petite futée! Me faire sortir de mon bureau. Tu t’améliores!

– Bien sûr! tonne-t-il. Allons-y.

Ils se lèvent et Sylver, voulant bien démontrer qui est en charge, cogne deux fois, puis une troisième fois, sur la porte. Boisclair ouvre immédiatement, essayant d’avoir une apparence normale, mais sa main droite est diablement près de son pistolet. Il a reconnu le code tout va bien, mais gardez l’œil.

– Nous allons faire le tour des champs de pratique, dit Sylver. Nous ne serons pas longs.

Boisclair comprend bien le sous-langage. Suivez-nous de loin.

– Très bien, répond le garde, en tentant de ne pas regarder Christina.

– Par ici, dit Sylver en indiquant le chemin.

Les enseignements de Shade s’infiltrent dans l’esprit de Christina, alors qu’elle entame le chemin indiqué par Sylver.

Lorsque vous êtes suivis, observez bien les alentours. Il faut que vous disposiez de suffisamment de place de part et d’autre de votre position pour pouvoir vous élancer hors d’atteinte de votre adversaire. Un mur ou une balustrade offre aussi un excellent point d’appui à une contre-attaque. Des luminaires suspendus peuvent aussi être utiles. Vérifiez si le sol permet un dérapage ou une poussière pouvant être manipulée. Oubliez des objets pouvant faire office d’arme; le temps de les obtenir est du temps perdu. Vos membres et des objets à usage unique sur vous sont vos seuls alliés.

Christina marche dans le couloir faiblement éclairé du Complexe S, alerte à chaque bruit, à chaque mouvement derrière elle.

Et que faire, Jimmy, quand on marche sur une langue et que les parois sont faites de dents? Que faire quand on est dans la gueule d’un monstre?"

 


 

 

SHADE sera disponible fin 2006.

 

 

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